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Aux origines de « Lance et Croc », ou, genèse d’une œuvre.

Article de Patrice Louinet
Posté le ven. 05 mai 2017 à 13H14 (Edité par Argentium Thri'ile le ven. 05 mai 2017 à 23H02)
(Par Patrice Louinet, traduction de mon article "The Wright Hook", paru initialement sur le blog REH: Two-Gun-Raconteur aux USA).

wt071925« Lance et Croc » (paru dans Les Dieux de Bal-Sagoth), ne compte assurément pas au nombre des meilleures nouvelles de Howard, mais c’est avec ce récit que le Texan lança sa carrière professionnelle, dans le numéro de juillet 1925 d’une revue encore jeune : Weird Tales.
Weird Tales avait commencé à paraître en mars 1923 et ce « pulp magazine » se targuait d’être la première revue entièrement consacrée à l’étrange et au fantastique. Sa première année d’existence avait été pour le moins chaotique, et les propriétaires n’étaient pas loin d’en cesser la publication. Sans réelle vision éditoriale, ayant plusieurs fois changé de format et de rythme de parution, la revue n’arrivait tout simplement pas à se construire un socle de lecteurs réguliers. Tout cela allait changer à partir de la fin de 1924, lorsque Farnsworth Wright fut embauché pour prendre les rênes du magazine. Wright avait un œil littéraire sûr, savait ce que les lecteurs aimaient, et était bien conscient qu’il n’y avait pas nécessairement de lien entre les deux. Les années durant lesquelles il présiderait aux destinées de la revue deviendraient légendaires, bien des années plus tard, mais, au moment où il accepte le poste, sa préoccupation première est de partir à la pêche aux talents, et d’insuffler une vraie direction à Weird Tales. Il était évident que le magazine n’allait pouvoir perdurer bien longtemps en continuant à publier des récits de fantômes aussi répétitifs que dépourvus de qualité(s).

Robert E. Howard écrivait depuis 1921, alors qu’il n’était âgé que de 15 ans. Le jeune homme avait entamé, et parfois terminé, des dizaines de textes, dont l’immense majorité était (inspirée) des récits d’aventure qu’il destinait à son pulp préféré : Adventure Magazine. Nous ne savons pas à quel moment exact il découvrit Weird Tales, mais ce fut rapidement, puisqu’il envoya deux nouvelles à la revue quelques semaines ou mois après son début de parution : « The Mystery of Summerton Castle » et « The Phantom of Old Egypt » (deux textes aujourd’hui perdus.)

Comme Weird Tales cherchait de nouveaux talents et que la qualité des textes publiés dans Adventure était très largement supérieure aux capacités littéraires d’un (très) jeune Howard, il était logique que ce dernier garde Adventure en réserve et se concentre, ne serait-ce que dans un premier temps, sur Weird Tales. Et c’est exactement ce qui se produisit, plus précisément en novembre 1924.

Le 27 novembre de cette année-là, Howard annonça la vente de sa première nouvelle à son ami Tevis Clyde Smith de la façon qui suit (du moins, si nous en croyons le compte-rendu fait par Howard lui-même dans Post Oaks and Sand Roughs (jadis traduit en France sous le titre Le Rebelle), un roman semi-autobiographique écrit quatre ans après les faits :)

– J’ai vendu une nouvelle à Bizarre Story Magazine.
– C’est génial, dit Clive [Clyde Smith]. Et amplement mérité... Ça fait longtemps que tu travailles pour ça. Ils t’ont payé combien ?
– Quinze dollars... Je les toucherai quand la nouvelle sera publiée.
– Et ça sera quand ?
– Je ne sais pas, mais ça ne devrait pas tarder, je pense.

Lindsey Tyson, l’un des meilleurs amis de Howard, devait écrire bien plus tard : « Bob et moi logions tous deux en pension de famille au 417 Austin Avenue, à Brownwood, lorsque Bob apprit que Weird Tales avait accepté son texte, joignant un chèque d’environ 20 dollars à la lettre. Je crois que je n’ai jamais vu quelqu’un aussi heureux qu’il l’était ce jour-là. »

« Lance et Croc », la nouvelle que Wright venait d’accepter pour Weird Tales, allait permettre à Howard de lancer sa carrière (même si les choses seraient plus difficiles que prévues), et d’amorcer la relation spéciale qu’il entretiendrait avec Farnsworth Wright. Des années plus tard, au moment de la mort de Howard, Wright écrivit : « J’éprouve un grand sentiment de perte avec la mort de Howard, car il a été l’une de mes découvertes littéraires. J’ai beau ne l’avoir jamais rencontré, nous avons correspondu pendant douze ans, et durant tout ce temps, j’ai appris à connaître et à admirer tout autant l’ami que l’écrivain de génie. »

Depuis toutes ces années, tout le monde pensait que Howard avait écrit sa nouvelle, l’avait envoyée à Wright et que ce dernier avait suffisamment aimé le sujet et son traitement pour publier ce texte, car il était évident qu’il ne pouvait avoir été impressionné à ce point par le style de Howard à ce moment de sa carrière. Or il s’avère que les choses furent un peu plus complexes que cela, et il a fallu près de cent ans pour le découvrir :
Dans la section du courrier des lecteurs du numéro de décembre 1924 (en kiosque le premier novembre), son deuxième aux commandes de Weird Tales, Wright écrivit :

La parution dans ce numéro de la première des deux nouvelles d’hommes des cavernes écrites par C.M. Eddy Jr 1 [« With Weapons of Stone »] nous fait songer à un type de récit préhistorique que nous n’avons encore jamais vu, bien que très prometteur en termes de frissons de lecture. Comment se fait-il que personne n’ait jamais écrit de nouvelle mettant en scène un combat entre un homme de Cro-Magnon et un homme de Neandertal ?
Nous recevons quantité de manuscrits qui traitent d’affrontements entre dinosaures et ptérodactyles d’un côté, et hommes préhistoriques de l’autre, mais nous les rejetons tous car ces étranges créatures avaient disparu de la surface de la Terre lorsque les premiers grands signes anthropoïdes s’élevèrent à la condition d’homme, si nous en croyons ce que nous disent les strates rocheuses telles que décryptées par les géologues. Mais les Néandertaliens et les hommes de Cro-Magnon vécurent à la même époque, et ils se livrèrent des guerres aussi impitoyables que sauvages. (« The Eyrie », Weird Tales, décembre 1924, pages 176-177).

Ces deux premiers paragraphes ressemblent à s’y méprendre à l’étincelle qui conduisit Howard à écrire « Lance et Croc », mais la lecture du troisième paragraphe nous montre sans doute aucun qu’il s’agissait bien plus que d’une simple étincelle. Nous faisons suivre celui-ci d’un extrait de la nouvelle de Howard :

Nos amis érudits parmi les anthropologues nous expliquent que les légendes des ogres datent de l’époque des hommes des cavernes. Les hommes de Neandertal étaient si terribles, primitifs et violents, nous disent-ils, que les Cro-Magnon ne se sont jamais reproduits avec eux, mais les ont exterminés sans pitié. Lorsqu’un enfant Cro-Magnon s’égarait seul loin de sa caverne, et qu’un Neandertal cannibale rôdait dans les environs, c’en était fini de l’enfant. Le souvenir de ces brutes épaisses à demi-humaines a donné naissance à nos légendes d’ogres, car les Cro-Magnon ne furent pas exterminés par les tribus nomades qui s’établirent par la suite en Europe, mais ils se reproduisirent avec ces derniers et conservèrent certaines de leurs légendes (Farnsworth Wright, "The Eyrie", Weird Tales, page 177).

Plus redoutés que le mammouth ou le tigre, ils avaient régné sur les forêts jusqu’à l’arrivée des Cro-Magnon, qui leur avaient livré une guerre féroce. Dotés d’une grande force physique mais de peu d’intelligence, sauvages, bestiaux, cannibales, ils n’inspiraient que dégoût et horreur aux hommes de la tribu, une horreur qui a franchi les époques pour se transformer en récits d’ogres et de gobelins, de loups-garous et d’hommes-bêtes. [...] Il arrivait que des enfants y pénètrent, et parfois ils n’en revenaient pas. Les hommes qui partaient à leur recherche ne trouvaient que les reliefs d’un terrifiant festin et des empreintes de pas qui n’étaient plus celles d’animaux, sans toutefois être encore celles d’hommes. » [« Lance et Croc », in Les Dieux de Bal-Sagoth, page 111].

Wright conclut :

Que diriez-vous d’un récit relatant le conflit opposant un Cro-Magnon (ce pourrait être un des artistes à qui l’on doit ces représentations de cerfs et de mammouths qui font encore l’émerveillement des touristes) et un de ces ogres brutaux, par exemple au sujet d’une jeune femme qui a attisé la convoitise du Neandertal. L’artiste Cro-Magnon traque alors le Neandertal dans sa tanière, et... Mais nous n’avons pas la place de raconter cette histoire dans le courrier des lecteurs. Nous aimerions que l’un de nos amis auteurs écrive ce récit pour nous.

Et c’est exactement ce que fit Howard, au début du mois de novembre 1924, sans doute le jour même où il acheta un exemplaire du dernier numéro de Weird Tales, suivant à la lettre les suggestions de Wright. Ce dernier acheta le récit parce que, d’une certaine façon, il avait explicitement réclamé ce texte. À 15 $ (ou 16 selon les sources), payables à parution, ce fut sans doute le meilleur investissement que fit jamais Wright.

Le reste, comme on dit, appartient à l’Histoire.

******
Cet article est nominé pour les REH Foundation Awards 2017. Pour vous inscrire et voter, suivez le lien! C'est gratuit et il y a plein de choses à apprendre sur Howard!

1

dont on se souvient aujourd'hui pour "The Loved Dead" ("Le Nécrophile", qui fit sensation dans Weird Tales, étant donné son thème, et pour quelques collaborations anecdotiques avec H.P. Lovecraft


 
Réponse postée le ven. 05 mai 2017 à 22H12 (Editée par Fernando V le ven. 05 mai 2017 à HH59) #4369
Fernando V Membre Avatar Fernando V

Félicitation pour cette découverte qui lève le voile sur un évènement majeur dans la vie de Howard et déterminant pour sa future carrière d'écrivain professionnel.

Et un grand merci pour la traduction.

"P.S. I took the liberty of writing this letter on the typewriter as indeed, I do all my correspondence; I write such an abominable hand, I can scarcely read it myself." - R.E.H. to H.P.L, July 1,1930

Réponse postée le sam. 06 mai 2017 à 11H40 #4371
Anagnoste Membre Avatar Anagnoste

Très intéressant et je me joins à Fernando pour remercier le traducteur :)

"Je vis, je brûle de l'ardeur de vivre, j'aime, je tue et je suis satisfait.", Robert E. Howard, La Reine de la Côte Noire.

Réponse postée le sam. 17 juin 2017 à 19H26 #4415
Patrice Louinet Administrateur Avatar Patrice Louinet

Et je suis heureux de vous annoncer que cet article m'a valu un "award" décerné par la REH Foundation lors des derniers Howard Days aux USA! :)

Réponse postée le mer. 21 juin 2017 à 18H22 #4416
Pallantides RĂ©dacteur Avatar Pallantides

Félicitations pour tes 2 récompenses.
Il aurait cependant été difficile, à mon avis, de ne pas voter en faveur de cette découverte qui éclaire d'une façon nouvelle les débuts d'écrivain de REH.

"Il n'y a rien dans l'Univers que l'acier froid ne puisse trancher." - Au-delà de la Rivière Noire - Robert E. Howard

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